Fiche Action

Développer à l’échelle internationale les réseaux et potentialités d’une économie responsable, plurielle et solidaire
- Résumé
- Organiser la convergence entre cinq dynamiques d’origines diverses et regroupées jusque là dans des volets différents de la stratégie de la fondation
- Synthèse
- Le renouvellement de la pensée et de la pratique de l’économie se nourrit des multiples innovations et des réflexions théoriques menées au sein des mouvements de l’économie sociale et solidaire. Investissement responsable, finance solidaire, commerce équitable, développement d’une économie de la solidarité en marge de l’économie marchande, pactes territoriaux de cohésion sociale, nouvelles formes de relations entre producteurs, distributeurs et consommateurs, renouvellement de l’esprit, des domaines et des acteurs de l’économie sociale, monnaies complémentaires, réflexions sur la justice économique entre les acteurs et entre les régions du monde, juste partage des matières premières et des ressources naturelles : un vaste mouvement multiforme se déploie à l’échelle internationale. Très longtemps, cette mouvance dynamique a souffert de multiples cloisonnements, d’une région du monde à l’autre, d’un domaine à l’autre – tourisme durable, microfinance, commerce équitable s’ignorant mutuellement -, rivalités entre les différentes mouvances, par exemple l’ancienne économie sociale et les formes plus récentes de l’économie solidaire. Elle a aussi souffert de l’absence de rigueur dans la documentation de l’expérience historique réelle au profit de démarches apologétiques qui masquaient les limites du mouvement. Par exemple, on considère trop facilement que les statuts des entreprises de l’économie sociale lui confèrent automatiquement un profil de gouvernance et une forme d’action différents des entreprises classiques. On dissimule le fait que confrontées à la concurrence internationale et à la montée de l’individualisme, bien des structures de l’économie sociale ont vieilli et ne constituent pas une forte innovation face aux défis du 21ème siècle. Enfin, ces mouvements ont souvent souffert d’un déficit de réflexion : au lieu d’apparaître comme une source de renouvellement de la pensée économique, susceptible d’irriguer en profondeur la réflexion, l’économie sociale et solidaire s’est vécue comme un simple complément d’âme à l’économie dominante.
Convaincue pourtant des potentialités militantes et intellectuelles de cette mouvance, la fondation, depuis 20 ans, s’est efforcée d’accompagner et de stimuler ces différentes dynamiques. Elle a été la première par exemple à réaliser dans les années 80 un film sur l’expérience de la Grameen Bank, y voyant une approche radicalement nouvelle de l’activité bancaire. Elle s’est impliquée dans divers fonds d’appui à la création d’entreprises, a participé à la naissance de Finansol (label de la finance solidaire). Avec le Pôle de Socio-Economie Solidaire de l’Alliance, elle a joué un rôle significatif dans le décloisonnement des réseaux et des thèmes, suscité échange d’expériences et élaboration de propositions. Cette action a été menée dans le cadre de différents volets de l’action de la fondation. En 2010-2011 l’ensemble de ces initiatives est regroupé dans une seule autorisation de programme pour manifester l’importance de la complémentarité entre les différentes formes de renouvellement et de développement d’une économie responsable, plurielle et solidaire. Chaque action particulière soutenue dans ce cadre doit entrer en synergie avec les autres et, plus largement, en synergie avec tout ce qui concourt, dans l’action de la fondation, à inventer l’oeconomie du 21ème siècle. - Voir l'historique
- L’appui à une économie responsable, plurielle et solidaire, même si ce concept n’était pas exprimé ainsi à l’époque, a été, dès l’origine, une constante de l’engagement de la fondation. Dès les années 80, elle a vu les limites, dans les pays développés, de politiques de lutte contre l’exclusion fondées sur la redistribution d’argent public en fonction des «handicaps » et manques des exclus. Dans les relations Nord Sud, elle a vu aussi les limites de politiques de coopération fondées sur le don, qui entretenaient des relations de dépendance à l’égard des bailleurs de fonds et ne contribuaient pas à faire émerger une dynamique autonome de production de richesses. Elle a donc, dès cette époque, soutenu une grande diversité de projets visant à l’insertion économique, à des démarches fondées sur la valorisation de créativité plutôt que sur la liste des handicaps, participé à l’émergence et à la diffusion du microcrédit, suscité des démarches de finance solidaire, contribué à la création de fonds d’investissement.
Au cours des années 90 et notamment dans le cadre de l’Alliance pour un Monde responsable, pluriel et solidaire, elle a estimé que cette action, qui partait des symptômes du sous développement et de l’exclusion et avait une valeur réparatrice, ne suffisait pas et qu’il fallait remonter d’un cran vers l’amont en s’interrogeant, selon l’expression de l’époque, sur les causes de l’apartheid social mondial. Dans sa volonté de s’interroger ainsi sur les fondements des modèles économiques actuels, la fondation s’est appuyée en particulier sur les divers mouvements militants travaillant, sous des dénominations diverses, à l’émergence d’une économie responsable, plurielle et solidaire. Le développement du Pôle de socio-économie solidaire de l’Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire a été son principal investissement dans ce domaine à la fin des années 90 et au début des années 2000. Cette action a contribué au désenclavement géographique et thématique des différents mouvements, notamment en tirant avantage des rendez vous des Forums sociaux mondiaux. De nombreux groupes thématiques - tels que finance solidaire, commerce équitable, femme et économie, monnaies complémentaires, dette écologique - ont pris forme dans ce cadre.
te contre l’exclusion sociale, un Manifeste pour les Pactes Locaux a vu le jour. Affirmant la faible pertinence des politiques nationales, le collectif des Pactes locaux qui en est issu a le premier affirmé l’importance des approches territoriales de l’économie et les liens étroits entre l’économie sociale et solidaire et le renouvellement de la gouvernance au niveau local. Cette démarche a rejoint celle, promu par l’Union européenne, des pactes territoriaux de cohésion. L’utilisation du même mot « pacte » dans les deux cas affirme l’importance accordée à des approches multiacteurs.
Plus récemment, le petit groupe de réflexion créé dans le cadre du forum asiatique de l’économie solidaire a pris un essor considérable. Limité au départ aux Philippines, il s’est rapidement étendu à d’autres pays du continent et s’est transformé, à l’occasion de la conférence de Tokyo (novembre 2009), en une Alliance asiatique de l’économie solidaire susceptible de stimuler vigoureusement un mouvement international qui était jusqu’à présent dominé par le Brésil, le Canada et l’Europe.
Enfin, à l’échelle de la France, deux nouvelles initiatives prometteuses ont pris naissance en 2008-2009 : la création d’un site de ressources documentaires géoréféré, la Banque de données des initiatives de l’économie solidaire (BDIS), à partir d’un prototype mis au point dans le sud de la France ; le Labo ESS, espace de réflexion conjointe des différentes mouvances de l’économie sociale et solidaire.
C’est entre ces différents courants que la fondation cherche en 2010 et 2011 à renforcer les synergies.




